Les bleus à la coupe du monde de rugby

Du 9 septembre au 23 octobre, notre planète ne sera plus ronde mais ovale, Coupe du monde de rugby oblige. Si l’équipe de France de football a été sacrée championne du monde en 1998, jamais le XV de France n’a pu brandir la coupe remise au vainqueur, le trophée Webb Ellis, du nom du supposé inventeur du rugby. Cette septième édition en Nouvelle-Zélande sera-t-elle la bonne ? Anciens joueurs et journalistes sont plus ou moins optimistes… Finaliste en 1987 et en 1999, contre la Nouvelle-Zélande et l’Australie, l’équipe de France a toujours atteint le stade des demi-finales de la Coupe du monde de rugby, sauf en 1991. Il ne manque donc pas grand-chose pour que le XV de France monte un jour sur la plus haute marche du podium. Pour Christophe Moni, ancien joueur du Stade Français (huit sélections en équipe de France), « il manque à cette équipe de la régularité. C’est valable pour l’équipe 2011 mais ce fut aussi le cas au cours des éditions précédentes. Gagner une Coupe du monde, c’est avoir la capacité d’enchaîner des matchs de très haut niveau à un rythme effréné. » Logiquement, la France devrait s’extirper de sa poule composée de cinq nations et finir première ou deuxième, les autres places étant synonymes de retour à la maison. Il lui faudra pour cela se débarrasser du Japon et du Canada, ce qui semble relativement simple, avant d’affronter les terribles All Blacks puis les Tongiens dont il faudra se méfier. Si la France termine première de sa poule, elle rencontrera en quart de finale le deuxième de la poule B, qui devrait être l’Argentine ou l’Angleterre. Même cas de figure si la France termine deuxième. Au menu, donc, l’Argentine ou l’Angleterre avec ce diable de Jonny Wilkinson capable de renverser un match sur un simple coup de pied entre les barres. La suite ? Prendre les matchs un par un, car il paraît évident que seules les nations majeures entreront dans le dernier carré, à savoir la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Afrique du Sud. Le quatrième strapontin étant attribuable à l’Angleterre ou la France. Ça, c’est sur le papier et au regard des résultats des matchs de préparation des vingt équipes engagées. Reste à savoir si la France peut nous surprendre et jouer les premiers rôles, comme elle l’a toujours fait par le passé. Pour Philippe Dintrans, ancien talonneur, qui a participé à la première Coupe du monde en 1987 et qui affiche 51 sélections au compteur, « la France a des atouts, une première ligne en mêlée qui est sans doute la meilleure au monde et une excellente troisième ligne, mais je ne sais pas si cela sera suffisant pour battre les nations majeures de l’hémisphère Sud qui ont presque corrigé toutes les équipes du Nord au cours des derniers mois. » Même son de cloche pour Laurent Bénézech, ancien pilier, sélectionné à quinze reprises et qui joua la Coupe du monde en Afrique du Sud en 1995. « Effectivement, nos avants sont très bons. Quant aux autres points forts, la conquête, les phases de combat et la touche, ils doivent nous permettre de nous imposer. Mais ces points forts ne sont pas nouveaux, c’est propre à l’équipe de France depuis des lustres. » Tous s’accordent à penser que les faiblesses se situent sur la ligne des trois-quarts. Pour Christophe Moni, cette ligne manque de vitesse dans les courses et les enchaînements. Pour Philippe Dintrans, le sélectionneur a opéré trop de changements au cours des derniers mois, ce qui implique un manque de complicité entre les joueurs. Et Laurent Bénézech d’ajouter qu’il fallait capitaliser sur de l’acquis, sur des joueurs rassurants pour eux-mêmes et pour les autres, notamment la paire de centres toulousains, Fritz et Jauzion, écartés de cette Coupe du monde. Autre faiblesse soulignée par David Dybman, rédacteur en chef de l’émission “Au contact” diffusée sur Eurosport pendant toute la durée de la Coupe du monde : la fatigue des joueurs. « Les Français ont le championnat le plus long et le plus éprouvant. Pour la plupart, ils enchaînent le championnat, la coupe d’Europe, le tournoi des VI Nations et les testsmatchs en été et en automne, ce qui représente pour certains joueurs près de 35 matchs par an. C’est beaucoup trop. » En France, les joueurs sont salariés de leur club et mis à disposition de la fédération. Dans l’hémisphère Sud, en Irlande, en Ecosse ou en Angleterre, certaines fédérations versent des sommes colossales aux clubs en dédommagement de ladite mise à disposition. Conséquence, les rugbymen amenés à porter les couleurs de leurs pays jouent moins en club et s’entraînent plus souvent ensemble, d’où les fameux automatismes qui manqueront peut être à l’équipe de France. Et le “French flair” dans tout ça ? Inutile de chercher une définition au “French flair”, ce terme propre au XV de France : elle n’existe pas. Pour tenter de l’illustrer, il faut se plonger dans les archives de grands matchs où les rugbymen français étaient capables d’inverser la vapeur, de se mettre à pratiquer un rugby de génie qui les transportait jusqu’à la victoire. Philippe Dintrans doute toutefois que cela puisse être le cas cette fois-ci. « Personne ne pense que l’équipe de France ira au bout, mais méfions- nous de notre côté latin : nous avons par le passé prouvé que nous pouvions renverser des montagnes et déjouer tous les pronostics. Ceci dit, franchement, je ne suis pas optimiste. » Et Laurent Bénézech de renchérir : « Nous créons souvent la surprise pendant la Coupe du monde, comme en 2007 quand nous avons battu les All Blacks en quart de finale alors que personne n’y croyait. Sauf que derrière, on a perdu la demi-finale contre les Anglais et même la petite finale pour la troisième place contre l’Argentine. Et tout le monde s’en est contenté, y compris la Fédération française de rugby qui a souligné l’exploit, mais sans changer son fonctionnement… C’est pourtant ce qui fera qu’un jour, peut-être, nous serons champions du monde ».

Les 20 équipes engagées
Nouvelle-Zélande, Tonga, France, Japon, Canada, Ecosse, Roumanie, Argentine, Angleterre, Géorgie, Australie, Italie, Irlande, Etats-Unis, Russie, Fidji, Namibie,
Afrique du Sud, Pays de Galles et Samoa.

Cérémonie d’ouverture :
le 9 septembre à 10 h (heure française).

Match d’ouverture :
Nouvelle-Zélande – Tonga, le 9 septembre à 10 h 30.
Matchs de poule de l’équipe de France :
France – Japon le 10 septembre,
France – Canada le 18,
Nouvelle-Zélande – France le 24 et France – Tonga le 1er octobre.
Finale de la Coupe du monde : le 23 octobre à Auckland à 10 h (heure française).

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *