Interview de Brahim Asloum

brahim asloumEntré dans la légende en blondinet décoloré remportant une médaille d’or aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, l’ex-champion du monde WBA Brahim Asloum fait son grand retour, un an et demi après avoir raccroché les gants. On le retrouve cette fois-ci derrière le ring, en tant que président du Paris United, le club français en finale du World Series of Boxing. Rencontre avec ce fier et sympathique représentant du noble art.

Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans le World Series of Boxing (WSB), créé par l’Association internationale de la boxe amateur ?
Brahim Asloum : J’ai repris mes études après la fin de ma carrière de boxeur, un master de droit et d’économie du sport à la Sorbonne. Et je suis alors tombé sur ce championnat mondial qui dure six mois avec quatre franchises en Asie, quatre en Europe et quatre en Amérique. C’est en fait une passerelle entre le monde amateur et le monde professionnel, qui apporte aux boxeurs une vraie perspective de carrière. Je me suis donc battu à coups de lobbying et de malice pour imposer une franchise en France : le Paris United dont je suis le président !

Vous trouviez qu’il y avait du laisser-aller dans la boxe en France ?
C’est le système qui était mal conçu. Le dernier maillon de la chaîne, c’était le boxeur, et c’est lui qui morflait. Aujourd’hui, les boxeurs ont des contrats de travail sur trois ans avec des primes : c’est la première réforme réelle depuis 1867, quand on a codifié notre sport. Et puis, le monde de la boxe ne s’est jamais vraiment ouvert aux autres. C’est pour ça que derrière, il y avait toutes ces histoires de corruption et de magouilles. Fondées ou non, mais en tout cas cette image a longtemps nui à la recherche de sponsors. Aujourd’hui, il faut donner aux Français un sport, un arbitrage et une compétition sains.

Vous vouliez aussi rendre à la boxe un esprit de spectacle familial ?
Ça reste un sport dur, et les boxeurs ne portent pas de casque. Mais la particularité du WSB, c’est qu’il n’y pas ce bandage dur sous les gants qui forme une espèce de petit plâtre, comme chez les pros. L’impact des coups est donc beaucoup moins violent. On verra beaucoup moins de sang et de nez cassés, et plus de technique et d’intensité. Car les matchs se disputent en cinq rounds et non en douze. Jusqu’ici, l’image qu’on avait du boxeur, c’était un type mesurant 1,90 m et pesant 100 kilos, avec le nez cassé, les arcades ouvertes, incapable d’aligner deux mots. Là, on en est loin.

On ne verra plus de Rocky, alors ?
Ce sera toujours “Rocky” dans l’engagement, la volonté de réussir, l’ascenseur social, soit l’essentiel. Avec peut-être les coups et les coupures en moins, mais on peut faire sans aussi…

Les cinq premiers du championnat WSB remportent un ticket pour les Jeux olympiques. Qu’est-ce que les J.O. représentent pour vous, qui avez été champion à Sydney en 2000 ?
Comme je le dis aux boxeurs du Paris United, c’est le plus beau titre qu’un sportif de haut niveau puisse atteindre. Champion du monde, tu peux te faire détrôner. Champion olympique, tu le restes à vie. Et puis c’est planétaire, c’est regardé par tout le monde, et pas uniquement par le microcosme de la boxe.

Pourquoi avez-vous pris votre retraite ?
Parce que mon ancien diffuseur Canal+ ne me donnait plus de perspectives et avait tout revu à la baisse. On peut demander plus à un sportif, mais on ne peut pas lui demander moins. La logique voulait qu’en tant que champion du monde, j’aille chercher d’autres ceintures dans d’autres catégories, et pour cela il fallait que mes adversaires s’y retrouvent financièrement, parce que pour eux aussi, l’enjeu était plus important. Et là, Canal+ m’a abandonné au milieu du chemin.

Vous avez reboxé depuis ?
Non ! Je ne me suis même pas entraîné depuis un an et demi. Mais c’était volontaire, car la boxe c’est quand même un peu comme une drogue. Quand je m’entraîne, c’est pour être le meilleur, et je sais que je vais alors vouloir retrouver des sensations de haut niveau. On va m’observer et me faire des propositions qui ne seront jamais à la hauteur de ce que je veux réellement. Je préfère donc ne pas être “en forme.” Et je ne crois pas au come-back.

Qu’est-ce qu’on vous dit quand on vous reconnaît dans la rue ?
On me dit bravo pour Paris United, ou alors on me demande des tuyaux pour les courses hippiques car je suis pronostiqueur sur RMC le samedi à 11 h 30. Et c’est vrai que les chevaux que je donne gagnent !

D’où vous vient cette passion ?
De mon entraîneur Louis Acariès. C’est un vrai amateur de chevaux. Comme j’avais tendance à être à 100 % tout le temps, il me comparait à un pur-sang et m’expliquait qu’en fait, une course ne se gagnait pas sur toute la longueur. Il fallait rester caché et savoir donner un coup de reins au bon moment. Et grâce à lui, j’ai fini par m’intéresser aux chevaux.

On vous parle encore de votre victoire aux JO et de votre couleur de cheveux ?
Oui, c’est l’image qui restera de moi, avec la médaille, alors que personne n’évoque mon titre de champion du monde de décembre 2007. Les mecs me disent tous que je les ai fait pleurer, et c’est la plus belle chose pour moi. Peu importe ce qui va se passer dans ma vie. Si j’ai la chance d’avoir des enfants, la plus belle valeur que je pourrai leur inculquer, c’est la persévérance : « Papa, il est parti de rien, et il a cru en lui ! ». Et même si sur le papier ce n’était pas faisable, le papier c’est le papier, et moi, je suis moi ! C’est valable dans tous les domaines. Il y a une chose que personne ne peut nous enlever, c’est le rêve. C’est la seule chose qui est gratuite dans ce monde. Et même si tu n’accèdes pas à ton rêve, tout le chemin parcouru reste à toi. C’est comme ça que les hommes et les femmes se construisent.

La bio de Brahim Asloum
Né le 31 janvier 1979 à Bourgoin-Jallieu (Isère).
Taille : 1,65 m.
Catégorie : Poids mi-mouche et mouche.
26 combats, 24 victoires dont 10 par KO.
Titre professionnel : Champion du monde poids mi-mouche WBA (2007-2009).
Titre amateur : Champion olympique aux J.O. de Sydney en 2000.

Matchs retour des play-offs Paris United (France) contre Baru Fires (Azerbaïdjan), avec à la clé une place en finale de la WSB (cinq matchs en cinq rounds de trois minutes dans cinq catégories de poids) : le 15 avril à partir de 19 h 30 au Palais des sports Marcel Cerdan, 141, rue Danton, Levallois-Perret (92). M° Pont de Levallois.
Diffusion en direct sur L’équipe TV à partir de 21 h.
Réservations : http://ville-levallois.billetterie.2.datasport.eu.
Places : de 10 à 40 €.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *