Interview de Boris Diaw

Après sa marinière de l’an passé, l’équipe de France de football vient de dévoiler sa nouvelle tenue extérieure, un brin rétro, qui célèbre l’élégance à la française. De là est née une belle série de photos shootée par le basketteur Boris Diaw, capitaine de la sélection nationale et joueur de NBA, désormais à Charlotte. Des sportifs et artistes photographiés à contre-emploi par un sportif renommé, soit plein de bonnes raisons pour une petite conversation.

On vient de découvrir la nouvelle “silhouette blanche” de l’équipe de France de football et quelques heures plus tard, les photos que celle-ci vous a inspirées. Comment cette expérience a-t-elle vu le jour ?

Tout vient au départ d’une longue relation avec Nike, parce que je suis en contrat avec la marque depuis une dizaine d’années, dans le basket, pas dans le foot ! C’est une très bonne relation, puisque tout s’est toujours très bien passé avec eux, et du coup, bien sûr, ils sont depuis longtemps au courant de ma passion pour la photo.

Comment est née cette passion ?

C’était il y a à peu près sept ans. J’ai commencé à faire des photos au Sénégal. J’étais parti voir ma famille pour la première fois, découvrir un peu le pays et évidemment, j’ai emporté un appareil. C’est à ce moment-là que j’ai acheté mon premier reflex, pensant que c’était sympa de photographier avec autre chose qu’un compact. Et puis, j’ai appris, tout seul, à faire des photos avec ce reflex. Ce voyage m’a ensuite permis de me consacrer à une autre de mes passions, à savoir la nature et les animaux, via des safaris… photo. Parmi mes premiers modèles, il y a eu des léopards, des girafes, des rhinocéros, des éléphants ! Après cela, je n’ai cessé d’apprendre pour devenir meilleur, j’ai acheté du matériel plus professionnel, et c’est devenu une réelle passion.

Ce qui nous amène à aujourd’hui…

Oui, Nike, qui lançait ce nouveau maillot, cherchait un photographe pour son lancement et a pensé à moi. J’ai tout de suite été très honoré, bien sûr, parce que je suis aussi un grand supporter de l’équipe de France de foot. J’ai évidemment accepté, mais ça m’a mis la pression tout de suite.

Boris Diaw

La pression ?

Oui, évidemment, j’étais plutôt habitué à shooter des lions qui ne bougent pas trop… (rires) Evidemment, avec un Eric Judor, ça doit être moins simple… D’ailleurs, il a dû y avoir aussi le problème du choix des modèles.

Comment les avez-vous trouvés ?

Certains faisaient partie de mes connaissances. Eric Judor, je suis ami avec lui, Steve Nash, nous avions joué ensemble en NBA, aux Suns de Phoenix, je connais aussi des joueurs de rugby et Fulgence Ouedraogo, je l’avais déjà côtoyé… Après, il y a ceux que Nike a contactés et qui ont facilement accepté, comme Carl Lewis. Prendre une photo de lui avec ses médailles, ça a été pour moi quelque chose de magnifique. Et puis, on m’a aussi présenté des gens comme le créateur Alexandre Vauthier pour le côté mode du maillot, qui n’est pas qu’un vêtement de sport basique. D’ailleurs, que lui le porte, c’est un gage d’esthétisme. En plus de la beauté de ces photos, il y a aussi un message d’élégance qui passe ici… Le blanc sur blanc devait ressortir, ce côté élégance des années 30 à la Gatsby, c’était un petit peu le concept derrière tout ça. Après, il s’agissait de faire ressortir quelque chose de particulier de chaque modèle, une touche personnelle qui se dégage de chaque photo. Toutes les images sont différentes ; elles expriment ce que les uns et les autres ressentent.

Et si l’on parle d’élégance, trouvez-vous que dans le domaine du sport, celle-ci fait parfois trop défaut ?

Parfois, ça peut être bâclé, oui. D’un point de vue vestimentaire, mais évidemment aussi dans le jeu et dans la manière de se comporter. Bien sûr, dans tous les sports, il y a des joueurs plus ou moins élégants. Steve Nash, qui est photographié ici, est quelqu’un de particulièrement classieux, aussi bien dans son jeu que dans sa manière de se comporter avec ses coéquipiers, je le sais.

Dans un registre similaire, on vous reproche souvent d’être trop fair-play et surtout trop altruiste dans votre manière de jouer…

Eh bien, c’est quelque chose qui me définit. C’est un de mes traits de caractère : j’ai toujours été altruiste. D’aucuns peuvent penser que c’est parfois trop, mais c’est à chaque personne de juger. Personnellement, si je le fais, c’est que je pense que ce n’est pas trop, que c’est à son juste niveau. Dans l’histoire de ce nouveau maillot, il y a aussi tout un environnement “green”, puisqu’il est en grande partie composé de polyester recyclé.

C’est apparemment quelque chose qui vous touche ?

Bien sûr, je suis sensible à ça. J’ai une association, Babac’ards, qui oeuvre en partie dans ce domaine, principalement au Sénégal, et aussi une marque de vêtements éco-solidaire, Ukind. Ca m’a évidemment touché que le maillot ait cette fibre éco-responsable. Je vous parlais auparavant de la nature et des animaux et ça, c’est quelque chose qui va avec. Je pense que tout le monde devrait être plus impliqué pour les préserver. J’apprécie donc qu’on s’engage dans ce sens au plus haut niveau professionnel du sport.

Ce maillot, vous le trouvez plus beau que la marinière, qui avait déjà beaucoup fait parler ?

J’aimais beaucoup la marinière, mais celui-ci me plaît énormément. Je le trouve encore plus épuré, j’aime ses lignes, on est revenu à quelque chose de plus simple, même davantage dans l’air du temps.

Et de votre côté, vous avez d’autres projets photo ?

Oui, un projet de livre pour les enfants, une espèce d’alphabet des animaux de la savane ! Au jour où nous sommes, vous allez retourner très vite aux Etats-Unis, pour reprendre la saison de NBA bien sûr, mais aussi pour voir Vincent Collet, qui est parti à la rencontre des cadres de l’équipe de France de basket en vue des J.O.…

Oui, le rendez-vous est pris. Pour envisager d’abord la préparation des matchs amicaux qui se joueront majoritairement en France… Vous en êtes content ?

Oui, bien sûr, ça va aussi être une occasion de nous rapprocher de notre public, ce qui nous avait fait défaut dans le passé. Dernièrement, il y avait déjà eu le “lockout” (la grève des franchises de la NBA, ndlr), qui avait permis à certains joueurs de revenir quelque temps en France. Tony Parker à l’ASVEL, Nicolas Batum à Nancy, moi à Bordeaux. Dans un sens, ça a été une bonne chose.

Désormais, la saison a repris à un rythme assez soutenu…

Je me sens bien. Et pour les J.O., qui approchent, je suis très motivé. L’ambiance de l’équipe de France est comme toujours excellente. On s’entend bien, on sait aller au charbon quand il le faut et travailler dur. Je suis confiant !

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