George Eddy : interview

Commentateur des matchs de NBA depuis plus de deux décennies sur Canal+, George Eddy est sûrement l’un des plus grands fans des Harlem Globetrotters. Et pour cause, ce sont eux qui lui ont fait aimer le basket. Le 11 avril, c’est lui qui sera au micro pour commenter le match-exhibition de Bercy. En attendant, il revient pour nous sur ce sacré phénomène.

Il paraît que avez découvert le basket grâce aux Harlem Globetrotters ?
Oui, je les ai vus pour la première fois à l’âge de 6 ans sur la télé en noir et blanc de mes voisins, et j’ai été ébloui par leur jeu à la fois spectaculaire et très technique. A l’époque, le virage spectaculaire et divertissant des Globetrotters avait déjà été pris, alors que de leur création en 1926 jusqu’aux années 40, ils étaient connus pour être la meilleure équipe du monde. D’ailleurs, même après la création de la NBA et l’admission des joueurs noirs au sein de la ligne nationale, de très grands joueurs comme Wilt Chamberlain ont pris part à l’effectif. Ils restaient donc encore très compétitifs et battaient régulièrement les plus grandes équipes.

Quatre-vingt-six ans après sa création, qu’est-ce qui fait la longévité de cette équipe légendaire ?
Le show des Harlem Globetrotters est universel, car il est basé sur l’humour et le spectacle. Ils se sont d’ailleurs au fil des années inspirés de comiques tels que Buster Keaton ou les Marx Brothers. Ainsi, il n’est pas nécessaire de connaître les règles du basket pour apprécier le spectacle. Les Globetrotters ont largement contribué au rayonnement mondial de ce sport.

Quel est le cursus des joueurs évoluant au sein de l’équipe aujourd’hui ?
Beaucoup viennent du basket universitaire ou ont joué au niveau pro en Europe, donc ce sont de vrais joueurs, mais chacun a sa spécificité pour apporter sa touche au show. Des sélections sont faites chaque année pour recruter les meilleurs talents dans chaque domaine : un dribbleur ultra-rapide, un géant de 2,32 mètres, des joueurs à la détente incroyable… Ces dernières années, on trouve notamment des dunkers de folie ! Au total, ce sont trois équipes qui font le tour de la planète, pour environ 250 matchs par an.

Les Harlem Globetrotters ont largement influencé les stars NBA par leurs gestes spectaculaires, mais la NBA les inspire-t-elle en retour ?
En effet, si on regarde l’histoire, des stars de la NBA comme Pete Maravich ou Magic Johnson ont emprunté les passes dans le dos, les passes aveugles, les dribbles croisés ou les alley hoops aux Globe Trotters. Ils ont aussi été les premiers à laisser jouer des femmes, ce qui a contribué plus tard à la création de la ligne pro américaine WNBA. Mais la NBA influence aussi les Globe Trotters pour améliorer encore le show proposé. Ainsi, ils ont dorénavant leur mascotte, Globy, et ils suivent très attentivement les musiques à la mode dans les salles NBA pour coller à l’air du temps. L’effectif des Globetrotters continue aussi d’évoluer. Ces dernières années, la sélection s’est métissée avec beaucoup de joueurs latinos, et même un joueur blanc. Petite anecdote : Bill Cosby, la célèbre star du Cosby Show, a été un temps membre de l’équipe !

La NBA devenant de plus en plus spectaculaire, avec des joueurs ultraathlétiques capables de créer le spectacle au sein d’une compétition acharnée, que peuvent encore apporter les Harlem Globetrotters ? L’avenir verra-t-il leur retour à la compétition comme cela a été tenté durant les années 90 ?
Cela avait été accueilli assez tièdement à l’époque, même s’ils ont réussi à gagner quelques matchs contre des sélections all stars universitaires par exemple. Les Globetrotters vont continuer de développer le côté familial de leur show. Ils restent parmi les meilleurs pour recruter de très gros dunkers, ou des pros du dribble et du maniement du ballon. Durant certaines phases de jeu, le ballon circule à toute vitesse et dans tous les sens : cela ne peut être obtenu que par un entrainement spécifique de passes et un travail collectif qu’ils maîtrisent comme personne.

Si l’on parle du basket en général, celui-ci semble aujourd’hui de plus en plus populaire. Ne vivons-nous pas une période encore plus faste qu’au début des années 90 qui avaient été marquées par la dream team des J.O. de Barcelone, avec la fin de l’ère Larry Bird-Magic Johnson et le début du règne de Michael Jordan ?
Sans doute, même si certains fans cultivent une certaine nostalgie de cette époque, du fait de la surmédiatisation et de l’abondance d’infos autour de la NBA aujourd’hui, grâce à Internet. Pour ma part, je ne suis pas nostalgique et je pense que les jeunes stars sont au moins aussi talentueuses et encore plus athlétiques que leurs aînés des années 90. Le niveau de jeu est encore monté d’un cran, et cerise sur le gâteau, la compétition est beaucoup plus ouverte aujourd’hui. Les J.O. de Londres cet été s’annoncent également exceptionnels avec les équipes des Etats-Unis, d’Espagne et bien sûr de France, dont l’effectif autour de la star Tony Parker arrive à pleine maturité et peut clairement viser le podium. C’est une année phare pour le basket et pour le basket français en particulier !

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