Interview de Frédérick Bousquet

frederique bousquetVice-champion du monde et champion d’Europe l’an passé, le nageur Frédérick Bousquet a un palmarès impressionnant. De passage à Paris au sortir des championnats de France où il a encore brillé et avant les Mondiaux de Shanghai en juillet, nous l’avons retrouvé pour une discussion tranquille, pas du genre chronométrée, contrairement à celles que les sportifs ont l’habitude d’accorder.

Frédérick Bousquet, pouvez-vous vous présenter ?
Frédérick Bousquet : J’ai 30 ans, un peu plus de 15 ans de natation derrière moi, dont 11 en équipe de France, ce qui est quand même une petite fierté, mais ma plus grande fierté actuellement, c’est ma fille, une petite fille d’un an. J’ai également suivi un cursus universitaire aux Etats-Unis et une fin d’études en France. Je partage mon temps entre les deux pays (Auburn en Alabama et Marseille où il a signé en 2005, ndlr) pour le moment, et je prépare les Jeux olympiques de Londres.

Si vous regardez votre carrière de vos débuts à aujourd’hui, quelles sont les dates majeures que vous retenez ?
Déjà, septembre 1999. Là, j’ai intégré le club d’Antibes et ça a été pour moi un véritable commencement. J’ai entamé un réel travail de haut niveau et ça a tout de suite payé, parce qu’à la fin de cette année-là, je me suis qualifié pour les Jeux olympiques. C’était incroyable. Ensuite, j’ai eu la possibilité de rejoindre une université américaine dès que j’ai eu mon bac en poche, à l’été 2001, mais il m’a encore fallu un an pour me décider. J’ai choisi de découvrir le système américain pour continuer mes études en gardant le rythme de mes entraînements. Ça a été une manière pour moi de me relancer, parce qu’après les Jeux de Sydney, justement, j’ai eu deux saisons assez creuses où je stagnais. Ensuite, 2004 a été l’année où j’ai battu mon premier record du monde, c’était juste magique. C’était sur le 50 mètres nage libre. Généralement, ce record induit qu’on est « l’homme le plus rapide de la planète » et c’était vraiment ça que je cherchais. Enfin, 2010 a été une année riche en émotions, en plus de la naissance de notre fille le 2 avril, (avec sa compagne Laure Manaudou, ndlr) le 15 août, j’ai été champion d’Europe, mon premier grand titre en grand bassin.

On a beaucoup parlé de vous ces derniers temps, en raison du fait que la Fédération française de natation ne vous autorisait pas à être suivi aux Mondiaux par Brett Hawke, votre entraîneur américain. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Disons que je me suis calmé. Je suis assez impulsif, un peu sanguin, car je mets énormément de passion dans ce que je fais et souvent, ce sont mes émotions qui parlent avant la raison. Sur ce sujet précis, je trouvais et je trouve toujours injuste le fait d’être en équipe de France et d’être le seul, avec une autre nageuse, à ne pas avoir mon entraîneur avec moi.

On vous l’a refusé parce qu’il n’est pas français ?
Ce ne sont pas les raisons que la Fédération a invoquées. Elle a justifié cette décision en parlant d’un staff et d’un système mis en place depuis deux ans qui ne pouvaient pas être modifiés ou perturbés.

Les choses se sont un peu arrangées depuis…
La Fédération a tout de même proposé de financer le voyage de mon entraîneur pour qu’il soit au moins sur place, sur le site de compétition. Pas au bord du bassin avec les athlètes, malheureusement, mais dans les gradins avec le reste de l’équipe.

Il pourrait cependant y être, tout de même…
Il y a beaucoup de “si”, mais il pourrait éventuellement y être avec l’équipe des Bahamas ou celle de la Barbade, puisqu’il entraîne aussi des nageurs de ces deux pays. Mais c’est sûr, on est loin de mon idéal. Avant d’aller à Shanghai, nous partons à Singapour pendant dix jours avec l’équipe de France. Et là, je serai un peu livré à moi-même. Brett m’enverra au jour le jour des entraînements par mail, mais comme il n’aura pas la possibilité de me voir évoluer dans l’eau, il ne saura pas s’il y a des modifications à faire en fonction de mon état de forme. L’une de mes principales faiblesses, c’est que j’ai une technique assez particulière qui peut très facilement et très rapidement se dérégler. Et ce que je ressens n’est pas forcément en accord avec la réalité des choses. J’ai donc besoin de mon entraîneur pour rectifier tout ça. Les deux
ou trois semaines qui précèdent une grosse échéance sont assez fatidiques et c’est à ce moment-là qu’il ne sera pas à mes côtés.

Les méthodes d’entraînement américaines sont très pointues. Pourquoi n’est-ce pas possible en France ?
Nous n’avons pas les infrastructures nécessaires et tout cela coûte cher. Le fait est qu’il y a une culture beaucoup plus tournée vers le sport aux Etats-Unis qu’en France.

D’où le recrutement de nageurs étrangers pour s’entraîner outre-Atlantique…
Oui, aux Etats-Unis ils sont repérés à 17, 18 ou 19 ans pour nager là-bas et participer ainsi aux Championnats universitaires qui sont extrêmement importants. Pour les Américains, rien n’est plus important que de les gagner, ce que j’ai pour ma part réussi trois fois.

Pensez-vous que les récents résultats des Français vont pouvoir faire évoluer les choses chez nous ?
Nous sommes en train d’être découverts par le grand public, et forcément, quand il y a un engouement du public, il y a un mouvement du côté des annonceurs, des sponsors. D’où un apport d’argent pour peut-être financer des projets. Il faudrait aussi que la France accueille de grandes compétitions internationales officielles.

L’image des nageurs français a beaucoup évolué dernièrement…
Il y a un groupe France qui est vraiment solide et qui est composé de personnalités très différentes, mais avec de grandes qualités. Chacun de ses membres a les outils en main pour être sur un podium. Après, il y a peut-être un effet de mode aussi, mais il est également possible que ce soit encore une conséquence de l’échec de l’équipe de France de football. Le public a envie de vibrer et il cherche des sportifs qui peuvent lui apporter de belles émotions. En ce moment, il y a les joueurs de hand, les athlètes, qui ont fait une razzia aux Championnats d’Europe à Barcelone, et puis les nageurs. Je dirais enfin qu’il y a eu un élément déclencheur supplémentaire, très proche de moi. C’est normal de le dire, la natation est sortie de l’ombre et a pris tout son éclat lorsque Laure est devenue championne olympique à Athènes. Ensuite, avec tous ses titres successifs, elle nous a un peu débridés en tant que compétiteurs et nous a montré la voie : on s’est dit que ce n’était pas parce qu’on était français qu’on n’allait pas pouvoir gagner.

De votre côté, les récents Championnats de France vous ont permis de décrocher quatre qualifications pour Shanghai…
Oui, deux individuelles et deux en relais, et surtout ma perf au 50 mètres nage libre me met en tête des résultats mondiaux
actuels. Forcément, ça me laisse espérer de bonnes choses pour les Championnats du monde. Bien sûr, j’ai évoqué le fait que je pourrais ne pas y participer, mais je n’ai pas envie de gâcher tout le travail que j’ai effectué depuis de longues années.

Ensuite, il y aura les J.O. Vous avez déjà été médaillé par équipe ; mais maintenant, vous ne pouvez que rêver aussi
d’une médaille individuelle…

La joie d’obtenir une médaille, elle est tellement rare, surtout en natation, qu’on l’apprécie particulièrement. Nous avons partagé cette médaille d’argent avec bonheur même si sur le moment, elle avait un goût amer puisque jusqu’au dernier mètre, on a cru pouvoir gagner. La réalité est que nous sommes vice-champions olympiques et que c’est une très belle performance. Reste que c’est une victoire de groupe et, bien sûr, j’imagine qu’il y a une tout autre satisfaction à monter sur le podium olympique tout seul, car si on gagne c’est grâce à ses seules qualités, son talent, son travail. Et ça, j’en rêve, bien sûr…

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